Le saviez-vous ?

Histoires, anecdotes, lieux et personnages appartenant au passé de notre village

1-Le Tonkin

La maison basse, nichée sous les platanes sur la route de Lézignan, la première maison à l’entrée de Luc, c’était Le Tonkin. C’était un affenage, doublé d’un petit café. Mais, c’était plus que cela : une maison close où quelques filles exerçaient le plus vieux métier du monde.

Quelques hommes du village et surtout des charretiers y faisaient halte. Les charretiers étaient des gens pressés et généralement peu fortunés. Aussi, pour faciliter leurs ébats, simplifier le service et leur offrir ce que l’on appelle aujourd’hui des « prix très étudiés », il y avait deux façons de consommer. La première, la plus classique, et la plus chère aussi, c’était d’accompagner ces dames dans leur chambre, tout bonnement.

Mais les impécunieux avaient la possibilité de les suivre dans l’affenage, où, pour une somme plus modique, ils avaient accès à un foudre défoncé garni de paille (authentique). Ô époque presque mythologique où Bacchus et Cérès faisaient le lit de Vénus !

Le 3 Juin 1900, l’Orbieu, enflé par de gros orages se permit une crue foudroyante.

Ses flots furieux quittèrent son lit et submergèrent la campagne environnante. L’eau arriva jusqu’au « Tonkin » et inonda le rez-de-chaussée (il n’y avait pas d’étage).

On dut évacuer les occupantes. Une haute charrette put arriver près du « Tonkin ». Des volontaires prirent ces demoiselles sur leur dos et amenèrent leur tendre fardeau sur la charrette salvatrice. À leur arrivée sur la terre ferme, ces dames étaient attendues par de nombreuses femmes du village qui soupçonnaient leurs maris d’avoir eu la promesse de récompenses en nature pour le sauvetage.

C’est sous les huées et les injures, que s’effectua le débarquement.

 

 

Les notes d'Henri NESTI

Féru et passionné d’histoire locale, Henri Nesti nous fait profiter de ses connaissances et de ses recherches très poussées en nous ramenant vers les origines de notre cher village.

L’Etymologie des rues de Luc sur Orbieu est le 1er chapitre d’un long grimoire qui nous fera retourner dans le passé de notre commune.

Ouvrons les yeux et remontons le temps …

Merci Henri pour ce partage inestimable.

 

 

L’Etymologie des rues de Luc sur Orbieu

 

1- Notes sur le Chemin de Cap de masse

A l'époque les mots étaient souvent inversés pour désigner le même nom d'une chose ou d'un lieu. Prenons pour exemple le MASSECAP ou MASSICAP ou CAP  MASSE ou CAP  MASSI. 

Le massecap était à l'origine un ouvrage de défense qui permettait de jeter d'une certaine hauteur des projectiles divers tels que cailloux,  huiles bouillantes,  morceaux de fer etc… en somme tout ce qui pouvait blesser quelqu’un.

Or ce chemin de CAP de MASSE commence à l'intersection de la rue des vignerons et se termine pour rejoindre la route principale qui mène à Lézignan entre la maison SONNAC et la propriété  d'André COURBIERES , il faut noter qu'en face se trouve le château FABRE ce qui peut laisser à penser qu'il y avait peut-être à l'époque ce système de défense .

Autre origine du mot MASSECAP : c'était au 16ième siècle le nom d'un bâtiment à usage agricole où l'on entreposait tout ce qui servait à réparer les bâtisses annexes dans un grand domaine ou un château.  Peut -être,  le nom de ce chemin tire  l'origine d'un bâtiment à usage domestique (le massecap) qui se trouvait à proximité  du château FABRE  et qui,  du fait de son importance à cette époque, nécessitait un tel bâtiment.

Autre proposition  : les MASSES qui étaient des pièces de bois ,  sortes de gros battoirs qui servaient à battre des pièces de draps lors de leur lavage .Mais dans cette opération on utilisait également les CAPS qui étaient la sommité des têtes de chardons dont se servaient aussi les drapiers pour nettoyer les draps (en somme ce qui remplaçait les brosses utilisées plus tard par les lavandières au bord de la rivière). Y avait-il alors quelqu'un qui nettoyait les draps du château compte tenu de la proximité d'une source qui existe encore et qui sortait tout près de l'endroit où se trouve aujourd'hui la petite armoire qui renferme  les fils qui alimentent les commandes des télécommunications du village (armoire peinte ),  il y avait dans le temps à cet endroit  un petit bassin .Cette source qui existe encore aujourd'hui passe dans la propriété de monsieur COURBIERES  et a été déviée pour la faire passer dans une canalisation  sous la route  et  finir son cours dans la mare du château FABRE .

Autre hypothèse : c'est d'ailleurs pour ma part la plus plausible, en occitan les MASSAS sont des tas, des amas  et CAP se traduit en français par PAS, c'est-à-dire "pas de tas «,"pas d'amas «, quels pouvaient être ces tas et ces amas ?  Vraisemblablement des ordures, car ce chemin très peu fréquenté à l'époque et un peu reculé du village servait de décharge à certains habitants qui y déposaient souvent les détritus des jardins en grand nombre dans ce coin-là. La preuve était fournie par une inscription (encore visible il y a une trentaine d'années)  sur le mur qui longeait cette voie où l'on pouvait lire sur un crépi blanc en lettres noires : «PV défense absolue de déposer des ordures «. Panneau désormais effacé par le temps mais dont je me rappelle encore lorsque nous jouions dans le quartier avec les copains.

C'est cette dernière hypothèse que je retiendrai volontiers.

Je veux aussi noter qu'à l'intersection de ce chemin et de la rue des vignerons se trouvait un petit promontoire en terre surmonté d'une noria où nous avons vécu de belles aventures d'escalade avec mes copains d’enfance. 

 

2- Notes sur le Chemin du RASCAS

Le Chemin du RASCAS Est devenu aujourd'hui " la rue du RASCAS".

Cette rue débute à partir du pont de la place de l'Alaric et continue jusqu'à la route qui mène à Ferrals.

 

D'après plusieurs dictionnaires d’occitan le mot " rascas "a plusieurs  étymologies :

= tout d'abord le rascas est une rangée de moellons placés de champs disposés en arceaux au-dessus d'un linteau de porte ou de fenêtres et ayant pour but de consolider la construction.

= autre interprétation, rascas  signifie en occitan : "un être malpropre, crasseux, croute de teigne ".

Alors y avait-il dans ce quartier un maçon spécialisé dans les linteaux de bâtisses ?

Ou bien, y habitait-il un personnage sale et malpropre qui vivait dans un taudis ?

Les deux propositions  peuvent être valables, car dans le temps on nommait les endroits ou les rues selon les personnages ou les types d'habitations qui y existaient.

Pour le moment malgré les cadastres connus on n'a pas pu savoir qui habitait dans ces demeures, ni quel métier y était exercé.

3- Notes sur le Chemin du BAOUS

 Il y a quelques années, son nom a été  injustement donné  à la rue de Cap de Masse qui est devenue la rue du baous (comme je l'ai expliqué dans la dernière parution du site internet de la mairie,le chemin de Cap de Masse partait de l'embranchement à droite de la rue des Vignerons et  aboutissait  au fond à droite pour rejoindre la route de Lézignan).

Or le chemin du Baous partait du bout du  ruisseau qui longe la cave coopérative côté Est, passait devant la maison de Carol (actuellement Mme Hernandez ) longeait  la maison de Jacques Andrieu pour enfin aboutir au bord de l'ORBIEU .

La dénomination du mot BAOUS  vient de la déformation du mot BAVOUS sorte de petit poisson, baveux et gluant au toucher (appelé scientifiquement  blennie) qui peuplait l'ORBIEU à  cette époque et que les gens de LUC allaient pêcher .

On entendait souvent parler les anciens qui demandaient en patois à un de leur ami : "Ount vas " et l'autre répondait : "Men vao al bavous ". Par simplification car plus facile à prononcer, le V a disparu pour devenir : "Men vao al BAOUS " et c’est ainsi que ce chemin, suivi par les pêcheurs est devenu le chemin du BAOUS .

3- Notes sur la rue de la GAFFE

Il faut préciser que tous ces noms de rues avaient pour origine l’occitan, en effet cette langue appelée patois était couramment parlée à l'époque par un pourcentage élevé de la population et même par les enfants (qui étaient punis s'ils le parlaient en classe ou dans la cour de récréation).

La GAFFE en patois était un outil de charpentier qui permettait d'assembler de grosses pièces de bois.

La GAFFE était aussi un outil de tonnelier et une barre de pressoir.

La GAFFE a une autre dénomination, on parle de" rat de cave ", c'est-à-dire l’animal nuisible que nous connaissons bien, mais qui par déformation peut aussi signifier quelqu'un qui vole, qui s'approprie injustement des choses qui ne lui appartiennent pas.

Alors dans ce quartier  y avait-il  peut- être un personnage qui était menuisier ou tonnelier ?

Cependant  un ancien habitant de LUC m'a raconté que dans une maison de l'alignement de cette rue  habitait un homme qui chapardait dans le village autrement dit en occitan "GAFFABO".

J'opterai pour cette dernière hypothèse.

3- Notes sur la rue du MAIL

Cette rue part de l'angle de la rue de la GAFFE et aboutit jusqu'au boulodrome.

Le MAIL était une sorte de marteau servant  à forger le fer qui était soumis au feu.

Ce terme peut aussi s'appliquer au JEU du MAIL qui se jouait avec un marteau fixé à l'extrémité d'un long manche.

Peut-être qu'à l'époque ce chemin droit et long servait au jeu du mail , car il fallait de longues pistes pour jouer à ce jeu .

Alors peut-être,  les habitants de LUC allaient-ils  jouer dans ce lieu approprié, non bâti en ce temps  et peu fréquenté ?

C'est la seule hypothèse.

 

 

Les Fontaines de Luc sur Orbieu

 

Après la démolition de la maison  MARTEL et sa transformation au sol en parking, le Maire et son Conseil Municipal ont décidé d'adjoindre à cet emplacement une borne fontaine à l'eau potable,  pour désaltérer les gens de passage, par exemple les cyclistes qui traversent souvent notre village. Heureuse initiative car dans notre localité les fontaines, nombreuses à l’époque, ont totalement disparu. Pourtant saviez-vous qu'en séance du conseil municipal du 27 février 1884 il était  voté un budget pour la création de fontaines publiques dans le village ?

 

Ces fontaines aujourd'hui disparues ou presque se trouvaient dans des endroits stratégiques du village permettant ainsi aux habitants d'aller chercher l'eau pour tous les besoins quotidiens de la maison, certains en effet ne possédaient pas de puits particulier dans leur habitation.

 

La seule rescapée en l'état est celle située sur le mur de la Cave Coopérative RUE des VIGNERONS,  qui à l’époque, nous donnait une eau très fraîche durant l'été et nous désaltérait lorsque nous allions la pomper pour la boire avec plaisir. Cette pompe avait du succès, surtout les jours de grosse chaleur, où sur le coup de midi, se tenait une véritable procession où tous les riverains du quartier arrivaient avec leur carafe ou leur broc pour la déguster avec bonheur à leur repas. Habitant dans ce quartier durant mon enfance, il arrivait qu'avec certains jeunes nous utilisions cette pompe pour rendre service à des personnes âgées qui n'avaient pas la force de pomper.  Cependant certaines maisons du quartier possédaient aussi  un puits qui servait  pour la boisson et les besoins d'hygiène. Il faut noter pour l'anecdote que des ouvriers de la cave qui faisaient des travaux ont trouvé un squelette aux alentours de la pompe, tout le quartier en a été alerté mais a continué à en boire!

 

Il faut insister sur le fait que l' eau des fontaines du village  consommée par toute sa population n'a jamais engendré d'épidémie , pourtant à l'époque l'eau des éviers  se déversait dans les ruisseaux extérieurs   et celle  des caves au sol en terre ,où s' infiltrait le purin  des chevaux , n'ont jamais pollué les nappes phréatiques.

 

Parlons maintenant de la deuxième pompe qui se trouvait PLACE NEUVE à l'emplacement du rond point actuel situé devant la grande maison BALESTE. Cette pompe bâtie en véritable pierre de FERRALS  était un monument à l'entrée du village. Flanquée d'une tour en pierre carrée et d'une auge en demi-cercle, elle possédait une énorme roue comme celle des pompes à chapelet, avec un robinet au -dessus de l’auge, elle était également  équipée d'un bras au -dessus du robinet pour remplir les barriques de sulfatage. Au-dessus de la tour  cette fontaine était surmontée d'une tête de la république en fer qui pivotait sur son support, face  tournée vers LEZIGNAN, certains jeunes du village montaient sur l'édifice et tournaient cette tête vers la maison BARRIE (aujourd'hui VIDAL) ce qui mettait en colère son occupant  qui se précipitait aussitôt pour la retourner  vers LEZIGNAN.

Cette coquinerie se déroulait surtout lorsque les jeunes fêtaient un événement (conseil de révision, fête du premier Mai, fête de Luc).

 Ce monument fut  détruit lors de la mandature du Maire Jacques LAGARDE, qui avec son Conseil Municipal décidèrent de l'enlever compte tenu de l'afflux très  important des véhicules automobiles et camions qui empruntaient la voie LEZIGNAN -BOUTENAC. En effet les gros camions ne pouvaient contourner la fontaine en restant à droite, car ils risquaient  de raser le mur de la maison BARRIE  et d'en abimer la façade, ils roulaient donc  à gauche coté Maison des Gourmandises et se trouvaient souvent nez à nez avec des véhicules roulant en sens inverse.

C'est ainsi, pour s'adapter au temps qui évolue,  que fut démolie la plus belle fontaine du village !

 

De la  troisième pompe située derrière la PLACE de la REPUBLIQUE, face à la POSTE, ne reste que son socle et son auge, la pompe a disparu ! Elle servait également  à cet endroit aux habitants du quartier , mais aussi surtout lors des fêtes d'Août , à côté des cafés et de la piste de danse , elle nous servait alors , lorsque nous étions jeunes, à remplir nos pistolets à eau pour organiser des batailles où l'on se mouillait copieusement , mais aussi pour aller surprendre et arroser les personnes âgées assises autour du bal qui se mettaient en colère, car elles n'arrivaient pas à savoir quels étaient les garnements qui les avaient  arrosées .

 

Une autre pompe était installée PLACE de L’ALARIC, fixée sur la murette longeant le ruisseau qui va à la CAVE COOPERATIVE, côté droit du pont près de la maison de JEAN BELTRAN. Cette pompe appelée  Pompe de la " CAROTTE ", surnom de Marie BERNEDE qui habitait alors la maison de Jean et Micheline BELTRAN. Elle était la veuve de Léon BERNEDE tué à la guerre de 14/18.

Cette pompe était protégée par une tôle côté nord afin que les personnes qui venaient y prendre de  l'eau soient abritées du vent du CERS. L'eau s'écoulait dans le ruisseau en contrebas  appelé "REC de la BINASSO ". Cette eau provenait et  était pompée dans le puits de la maison de Marie BERNEDE, aujourd'hui maison Jean BELTRAN.

Pour descendre dans le ruisseau il y avait à l'époque deux marches et le ruisseau n'était pas cimenté.

Marie BERNEDE  alla finir ses jours chez les sœurs à LAGRASSE et lorsqu'elle mourut on la transporta de LAGRASSE à LUC sur une charrette tirée par un cheval  afin d’être enterrée au cimetière du village.

 

Une autre fontaine était placée GRAND RUE, adossée au mur du jardin TOURNIER, face aux maisons TOURNIER et GAXIEU, c'était peut-être une des plus utilisées du village car située sur le croisement de la route de BOUTENAC, elle était aussi plus facilement utilisable que celle de la PLACE NEUVE avec son grand volant.

 

Il ne faut pas oublier la fontaine PLACE OCCITANE  qui était située sur le mur   face à la grande maison BALMIGERE,   juste avant le coin agrémenté aujourd'hui d'un petit jardin  et sa fresque représentant le village. C'était une belle pompe et son auge de pierre. Encore une disparue !

 

Une dernière pompe répertoriée se situait à l'angle de la RUE du MAIL et de la RUE de la GAFFE, angle de la maison LESTEL. Elle aussi a totalement disparu, elle était pourtant un lieu de rencontre car un banc de pierre la jouxtait sur sa gauche, banc sur lequel venaient s'asseoir, durant les douces nuits d'été et  se rassembler durant les beaux jours de l'année toute une population du quartier pour "papoter " sur les dernières nouvelles du village.

 

Tout comme Charles Aznavour je vous ai parlé "d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ". Mais il est important  de reparler du temps de nos bons vieux grands -parents, c'est ainsi que se forge la" Petite Histoire " dans la " Grande Histoire"  de la vie.