IL ETAIT UN TEMPS AUTREFOIS…

                                                  IL  ETAIT  UN  TEMPS  AUTREFOIS…

 

Il me plait souvent de me replonger dans les souvenirs de la vie quotidienne de mon enfance et de comparer le mode de vie que nous menions à cette époque à celui de la vie de gabegie que nous menons aujourd'hui.

Certes nous n'avions pas ce qui nous est offert actuellement : téléphone portable, internet, voitures électriques…et tout ce que le progrès récent nous permet de faire, mais en échange nous vivions plus humblement et donc plus sereinement, nous profitions beaucoup plus de bons moments en famille et entre amis.

On ne se souciait pas de ce que nos voisins possédaient, l'essentiel était de faire vivre et de protéger notre famille et nos voisins n'avaient pas cette ambition de posséder plus que nous, nous vivions en paix et  dans l'entraide.

Me reviennent des instants de vie où nos mamans nous accompagnaient à l'école en nous tenant affectueusement par la main et cela parfois jusqu'au CE1,  après comme les voitures étaient encore rares dans le village, nous étions fiers de pouvoir y aller tout seul.

Aujourd'hui certains enfants sont transportés en voiture jusqu'à l'école du village et lâchés devant le portail.

Plus tard dans la scolarité, nous partions en vélo vers le lycée ou le cours complémentaire, nous étions heureux de faire le trajet de LUC à LEZIGNAN tous ensemble avec nos copains et copines et cela malgré les côtes du trajet surtout celle de "Villaspre",bravant la pluie ou le vent du "Cers" qui certains jours s'opposait à nous avec force.

Pas de ramassage scolaire à l'époque et si la distance d'autres villages du canton était trop importante les élèves étaient internes ou demi - pensionnaires.

Je garde aussi le souvenir d'avoir possédé le même cartable en solide cuir durant toute ma scolarité, de même pour ma trousse ,  ma règle, ma gomme qui au fur et à mesure des années devenait de plus en plus petite et se trouvait  alors digne d'être remplacée,  de même pour les crayons papier qui à force d'être appointés devenaient de petits nains !

Pas de gaspillage et de superflu, seul un porte- plume, une plume "sergent major", de l'encre violette et les cahiers nécessaires : cahier du jour, cahier de récitations et de chants, cahier de brouillon et surtout cahier de compositions où mois après mois étaient inscrits nos classements du premier au dernier ! Même nos crayons de couleurs duraient aussi durant plusieurs années et seuls les plus usés étaient remplacés, tout cela était fourni par la mairie comme fournitures scolaires obligatoires.

Tous les ans à la rentrée nous étrennions deux nouvelles blouses achetées par les parents qui égalisaient dans cette tenue toutes les origines sociales.

Nous faisions nos devoirs du soir sur la table de la cuisine ou sur une petite tablette réservée à cet usage et si l'éclairage n'était pas suffisant on branchait une lampe à tige flexible directement sur une prise de courant. A cette époque, pas de barres multiprises comme aujourd'hui pour brancher ordinateur, photocopieuse, chargeur de portables ,télé…en somme tout ce qui consomme énormément d'électricité  et nous entraîne de nos jours à toujours plus de dépenses.

Pas non plus de réveils électriques, je me rappelle que ma grand-mère remontait tous les soirs son gros réveil avec une clochette au-dessus et le réglait pour le faire sonner à l'heure où elle devait se réveiller. De même nous avions une pendulette, souvent un cadeau de notre communion solennelle, qui nous servait pour le même usage afin de ne pas être en retard et partir à l'heure pour le lycée.

Lorsque je suivais ma mère pour les commissions dans les nombreuses épiceries du village, elle emportait soit un filet, soit  un cabas en paille ou bien un panier acheté aux gitans qui tressaient l'osier à l'époque,  elle y plaçait les bouteilles vides consignées.

De même les lentilles, les haricots et les pois chiches n'étaient vendus qu'au détail, ce qui rendait les emballages en carton inutiles, ils étaient  supplantés par des boites en fer apportées de la maison.

Le lait était reçu tous les matins par l'épicier dans de grands bidons en métal et distribué aux clients grâce à des carafes à poignées, en alu, mesures nécessaires pour distribuer 1 litre ou 0,5 l, les clients arrivaient avec leurs pots à lait en alu. Mais le système changea par souci d'hygiène, en voyant arriver de grosses bouteilles à col large remplies de lait stérilisé et pasteurisé qui venaient des laiteries de Rieux-Cros dans l'Ariège ou de l'ULC de la Montagne Noire.

On ne vendait pas non plus autant de marques d'eau gazeuse, nous fabriquions la nôtre avec des "litinés" en poudre pour gazéifier l'eau de la pompe de notre quartier de la cave coopérative (pompe dont j'ai parlé dans mon livre "Chroniques du temps passé").

Dans les cuisines le mixeur était inconnu, les ménagères utilisaient le moulin à légumes, pas de grille-pain non plus, les tartines étaient placées sur des grilles au-dessus du feu de bois, d'ailleurs à l'époque l'électricité nouvellement placée dans les maisons n'aurait pas suffit pour alimenter tous les appareils inventés aujourd'hui. Elle servait seulement pour l'éclairage des différentes pièces du foyer.

Pas de poudre, ni liquide, ni machine à laver, ni sèche linge, il était lavé avec du savon en cube solide, le célèbre Savon de Marseille.

Pour les bébés les couches d'aujourd'hui vendues en grosse quantité dans les "Super-Marché" n'existaient pas, ni d'ailleurs les "Super -  Marché" eux-mêmes! Les jeunes mamans utilisaient  des couches carrées qu'elles avaient confectionnées et qui pliées dans le sens de la diagonale convenaient parfaitement aux petites fesses de leur bébé, afin de bien les faire tenir, elles étaient attachées avec des épingles à nourrice. Elles furent ensuite ajoutées au trousseau du futur bébé avec les petites chemises en tissus léger ou en molleton pour l'hiver, les bavoirs, les petits chaussons tricotés par les grands-mères, les barboteuses…

Ainsi chaque jour, mère ou grand-mère lavait ces couches à la main ou dans une lessiveuse, puis elles étaient étendues en ribambelle dans les cours ou les jardins sur des fils de fer galvanisé ou simplement posées sur des buissons dans les champs des campagnes viticoles.

Nous ne possédions pas non plus de tondeuses électriques, qui n'auraient pas beaucoup été utilisées, car les pelouses vertes ostentatoires n'étaient pas la fierté des jardins qui servaient en priorité à cultiver les légumes personnels de chaque famille. Pas de taille - haies,

 ni motoculteurs, tout se faisait "à l'huile de coude" avec le pic ,la pioche, la "rabassière" (la bêche), ou bien les charrues tirées par les chevaux.

Pour soigner les animaux domestiques, chiens et chats, les croquettes et les sauces de viandes en sachets n'existaient pas. Les familles se servaient des restes de leurs repas et pour augmenter la dose ils faisaient cuire les épluchures des légumes qui étaient aussi distribuées  au poulailler et dans l'auge des cochons.

Enfin pour clore mon propos je finirai par un souvenir pas très bien parfumé!

 Il était pourtant dans l'usage de ce temps. Nous avions tous dans notre chambre " un pissadou " (pot de chambre pour uriner la nuit) qui était versé le lendemain matin dans " le jules " (seau hygiénique ) sur lequel chaque membre de la famille s'asseyait pour faire sa " grosse commission " tous les matins. Dès ce soulagement effectué mères ou grands-mères se retrouvaient dans différents coins du village pour vider "leur chargement" dans des fosses septiques bâties en dur avec une sorte d'entonnoir béant  qui permettait  l'action sans salir autour! Je me souviens qu'il y en avait une au bout du ruisseau de la cave coopérative et de la rue du Baous, une autre sur la fin de la rue du Mail au niveau de la maison actuelle de monsieur Doums, une autre à côté de l'église et pour les habitants du centre de LUC les seaux étaient vidés dans les WC de la cure et partaient directement  dans l'Orbieu ! Heureusement que le village en ce temps, ne comptait que la moitié des habitants d'aujourd'hui !

 

Vous pouvez donc vous rendre compte combien notre vie a beaucoup changé !

Mais je crains surtout que nous ne puissions plus maîtriser les progrès et l'intelligence artificielle m'inquiète dans certains domaines. Nous épuisons également les énergies fossiles de notre planète…

Alors dans ma mémoire où les pommes n'étaient pas bien rondes nous savions encore respecter notre terre nourricière !

Dès lors…aujourd'hui ?

                                                     Henri NESTI