ORAGES D’ETE

ORAGES D’ETE

 

Il y a des moments inscrits dans l'horloge de notre vie, qui ont forgé nos souvenirs et que nous gardons comme de précieux trésors.

Je me rappelle de ces soirées orageuses d'été qui faisaient peser sur le village et la plaine comme un manteau de plomb.

J'aimais regarder le ciel menaçant chargé de monstrueux cumulus. Les toits du village devenaient alors livides et brutalement le vent s'annonçait, inattendu et violent, précurseur des premiers coups de tonnerre. Je ressentais face à cette pénombre montante une peur terrible, mais aussi une sorte de fascination pour  ce ciel d'où jaillissaient les premiers éclairs.

Alors, avec ma sœur, apeurés, nous nous calfeutrions dans la maison sous les appels de notre grand-mère qui nous enfermait dans la salle à manger assis sur le canapé logé dans un coin, ce qui supposait nous mettre à l'abri de la foudre qui pouvait tomber par la cheminée. Nous vivions dès lors des moments étranges où la peur et la crainte se mesuraient avec le sentiment d'être bien à l'abri dans le noir de la salle à manger où seule une bougie nous veillait .

Ma grand-mère entonnait alors des litanies durant  lesquelles des appels répétés scandaient les prières , surtout celle-ci en mémoire et qui disait : Saint Barbe, Sainte Clé préservez-nous de l'orage. C'étaient des incantations qui sortaient du plus profond de son âme, car toute la famille craignait la terrible grêle qui détruisait en quelques instants le travail de toute une année à quelques semaines des vendanges. Nous entendions d'ailleurs, de temps en temps, des fusées qui  étaient tirées du petit cabanon sur la route de Ferrals avant la campagne de Caumont , seul moyen de chasser plus loin  les gros cumulus chargés d’électricité.

Une fois le violent orage éloigné et les trombes d'eau passées, venait le silence qui nous paraissait irréel. Comme des zombis étourdis mais soulagés, nous sortions dans la rue jonchée de feuilles et de petits branchages et nous respirions avec bonheur cet air aux senteurs mêlées des souffrances de la terre et du calme revenu.

C'était aussi un paysage de fête pour les escargots qui étaient sortis de leur cachette et envahissaient la surface des rues et les tiges des fenouils sauvages au bord des ruisseaux.

Alors avec mon père nous partions à la recherche de ces fameux gastéropodes ," les cagaroles" pour en faire de délicieux repas festifs  accompagnés d'aïoli ou en sauce dont je garde encore le goût fabuleux.

Il faut dire que ces escargots étaient  d'abord mis à jeûner dans des sacs de jute ou des cages en bois grillagées et nourris tout d'abord  avec des croutons imbibés de vin et ensuite  du vermicelle.

C'était une autre époque, une autre vie !

 Qui va aujourd'hui après l'orage ramasser dans les herbes , les broussailles et sur les tiges des fenouils  sauvages ces fameux escargots?

 Peut-être encore quelques nostalgiques qui ont vécu ce temps qui est entrain d'effacer nos plus beaux souvenirs!

                                                Henri  NESTI